Chalutage des algues vertes dans l’anse du Moulin blanc à Brest
Le vaisseau mer

La retraite en question

Manif 26 mai 2010 Brest La question des retraites fait débat, y compris au sein des partis. L’allongement de la durée de cotisation apparait comme une réponse intéressante face à un prolongement de la durée de vie. Pour autant c’est une réponse dont la pertinence dépend largement du contexte dans lequel on l’applique et celui-ci est souvent peu exploré.

Le problème des retraites n’est pas à prendre seul. La vraie question de société est de savoir comment se fait l’équilibre entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas : enfants, étudiants, chômeurs (jeunes ou vieux), retraités et pourquoi pas femmes au foyer élevant des enfants aussi. La vraie question est celle de la solidarité entre générations, mais aussi entre celles et ceux d’une même génération, dans l’emploi ou sans emploi.

En prenant ce niveau de recul, le problème des retraites prend une tout autre tournure.

L’idée de l’allongement de la durée des cotisations n’est pas une idée neuve et c’est peut-être cela son principal point faible aujourd’hui. Il y a encore quelques mois, le papy-boom était certes déjà vécu comme un risque au niveau des retraites, mais il était aussi une opportunité en terme d’emplois. La baisse du chômage était annoncée et la fin d’un chômage structurel de masse, en ligne d’horizon. Souvenons-nous de Jacques Chirac, à la fin de son mandat présidentiel, qui s’était exprimé sur le sujet en annonçant que nous allions vaincre le chômage dans les années à venir. Le modèle économique que cela sous-tendait était évidemment celui des départs en retraites importants, au regard d'un niveau d'entrées sur le marché de l’emploi stable.

Aujourd’hui, nombre d’économistes ne se risqueraient plus sur ce sujet. Après la crise économique et ses effets induits sur l’économie réelle, les années avec un chômage structurel important risquent de se prolonger durablement, en France et en Europe.

Dans un contexte de plein emploi, l’allongement de la durée des cotisations est à la fois un bon remède pour le financement des retraites, mais c’est aussi un bon plan pour les performances économiques du pays. Il y a seulement deux ans encore, c’était donc une perspective gagnant-gagnant. Aujourd’hui, dans le cas d’un chômage structurel important, c’est l’inverse.

Si l’on considère que l’augmentation de la durée des cotisations n’a en soi aucun effet sur l’emploi, ce qui est le cas, prolonger la date de départ en retraite induit mécaniquement une augmentation des personnes au chômage. Ces personnes ne relèveront plus de la solidarité intergénérationnelle (retraite), elles ne cotiseront pas réellement pour autant mais percevront des indemnités chômages, toujours financées par les salariés dans l’emploi. Sur le plan du financement, à traitement social égal, il s’agit juste d’un tour de passe-passe dans les finances publiques.

Le non-dit de l’affaire, c’est bien qu’il n’y aura pas de traitement social égal. La variable d’ajustement que choisi aujourd’hui le gouvernement pour tenter d’équilibrer le système par répartition est de miser sur des départs avant terme et donc des retraites plus maigres. Dans le cas contraire, ce seront des remboursements de l’assurance chômage dégressifs et donc moins couteux qu’une retraite stable. Elle est là la variable financière d’ajustement choisie et le gouvernement le sait.

Par contre, ce qu’il calcule moins mais que le MEDEF n’ignore certainement pas, c’est que plus le taux de chômage est haut dans un pays et plus les salaires sont bas. En effet, la pression à l’embauche, la précarité ou même les parcours professionnels multiples favorisent le rapport de force pour les entreprises afin de tirer les salaires vers le bas. L’effet induit est là aussi perdant sur le financement des retraites avec un système par répartition. A taux de prélèvements sociaux identiques, plus les salaires sont faibles et plus les rentrées seront faibles aussi, amplifiant ainsi le déséquilibre du système par répartition.

Enfin, et puisque cela ne règle plus réellement le problème du financement global du système de solidarité, la question du projet de société se pose avec l’âge de départ en retraite. Une personne est-elle plus heureuse une fois partie en retraite qu’à attendre sur le marché du travail que quelqu’un veuille bien d’elle ? La réponse est d’évidence. Il n’y a rien de pire que d’appartenir à une société qui n’a ni rôle, ni fonction sociale pour vous.

Quelle société voulons-nous ? Quelle est le sens des mécanismes de redistribution de la richesse produite ? Quelle solidarité acceptons-nous ? Telles sont les questions qui nous font face et auxquels nous répondons aujourd’hui par le seul prisme de la démographie et des solutions attenantes. C’est une grave erreur que d’oublier le contexte dans sa globalité. L’objectif n’est ni d’augmenter les impôts, ni d’augmenter les prélèvements. Il est seulement de se dire que la richesse produite d’un pays doit financer le contrat social entre individus et entre générations, parce que c’est la base d’un vivre ensemble apaisé et que c’est aussi une garantie de stabilité pour permettre la poursuite du développement de nos pays.

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