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Covid19 : D'un monde à l'autre

D (15)En ce dimanche matin de confinement (qui ressemble à s’y méprendre à un mardi, un jeudi ou un vendredi), je suis tombé sur la tribune de Bill Gates dans le Monde qui appelle à une coopération internationale sur le plan sanitaire, y compris et surtout vers les pays en voie de développement. Je l’ai trouvé moins intéressante que celle de Yuval Noah Hararis de la semaine passée que je vous conseille (ici). Cependant, le début de la tribune de Bill Gates est instructif sur ce que révèle le Covid19 dans notre société moderne.

[Extrait] « Ces dernières semaines, je me suis entretenu avec des dizaines d’experts à propos du Covid-19 et les faits montrent clairement que la maladie ne frappe pas tout le monde de la même manière : elle tue davantage les personnes âgées que les jeunes, les hommes que les femmes et touche les plus démunis de manière disproportionnée. Il n’existe en revanche aucune donnée montrant que le Covid-19 discrimine en fonction de la nationalité. Le virus SARS-CoV-2 ignore totalement les frontières. […] Face à un virus aussi contagieux et largement répandu, les dirigeants doivent également comprendre que tant que le SARS-CoV-2 est présent quelque part, il nous concerne tous. »

Ce que nous dit Bill Gates, c’est que le Coronavirus agit de façon aveugle, sans logique de frontière, de nationalité, de classe sociale. Il cible plus particulièrement les hommes et les personnes âgées de la société. Certes, les plus démunis sont comme toujours les plus exposés face au virus, mais le mal touche beaucoup plus largement. Le Covid19 est une sorte de roulette russe qui frappe à l’aveugle, extrêmement rapidement (puisque l’on peut décéder en moins d’un mois) et massivement, y compris dans nos sociétés développées.

Ce n’est pas la première fois que des épidémies arrivent dans le monde. Ce n’est pas la première fois que des maladies touchent largement des populations (HIV, cancers, etc…). Ce n’est pas la première fois que des pays pauvres sont frappés par des catastrophes naturelles, sanitaires, guerrières qui provoquent des milliers de morts en très peu de temps. Mais c’est la première fois depuis des décennies que nos sociétés modernes voient un tel risque arriver chez elles. 

Face à cela, nous avons réalisé l’impensable, seulement quelques semaines auparavant. Nous avons copié collectivement et nous nous sommes pliés individuellement au confinement drastique imposé en Chine à leur population. Ce pays que nous voyons encore comme peu démocratique et dirigé de façon autoritaire. Mais le plus étonnant dans tout cela, c’est que notre économie impossible à arrêter s’est aussi pliée à cela. Nous sommes passés à une croissance négative, autant dire une décroissance et le monde ne s’est pas effondré. Les plus farouches opposants se sont pliés à ce nouveau dogme sanitaire, non pas parce qu’ils se sont convertis à un autre modèle, mais parce qu’il se sont sentis personnellement en danger et dans un horizon extrêmement proche.

Nous avons apporté la démonstration de ce qu’avait très bien décrit Al Gore dans son film « Une vérité qui dérange » (2006).

Il y décrit la réaction d’une grenouille qui plongée dans de l’eau bouillante en ressort aussitôt. Mais la même grenouille, placée dans de l’eau tiède que l’on va graduellement porter à ébullition, reste dans l’eau, sans réagir. Il conclu que la réaction collective des hommes est identique à celle de la grenouille face au dérèglement climatique. (Voir extrait ci-dessous)

Contrairement à un réchauffement climatique graduel et plus lointain dans ses effets, mais dont on sait, depuis le Rapport Stern (2006 aussi) suivi de toutes les prévisions de milliers de scientifiques du GIEC, qu’il fera des dégâts considérables pour les humains et leur économie, le Covid19 nous tient en joue avec la mort en face.

Dans ce face-à-face, le Covid19 nous oblige à répondre à cette question centrale que nous avions oubliée : « Qu’est-ce qui a vraiment du prix à nos yeux ? » Face à cette simple question, l’économie s’est arrêtée d’un coup. En revanche, nous avons commencé à ressentir durement et amèrement la faiblesse de certains de nos services publiques, mais aussi leur grande utilité pour tous. Ces services du quotidien que nous délaissons parfois et que nous oublions souvent, en pensant qu’au XXIème siècle (et vu les impôts que nous payons), d'autres que nous se chargent qu'ils soient toujours là pour nous protéger.

L’économie s’est arrêtée, parce qu'elle n’était plus une priorité à court terme, mais lorsque l’on entend le Medef ces jours-ci appeler à travailler plus, dès le confinement levé, on comprend qu’il s’agit chez nos dirigeants plus d’une pause que d’une remise en cause.

L’économie s’est arrêtée, mais le monde moderne ne s’est pas écroulé comme aurait pu le prétendre des prévisionnistes économistes quelques semaines auparavant. Dans une société de la surconsommation, il y a un peu de gras et en dehors des besoins alimentaires quotidiens, beaucoup de choses peuvent attendre en termes de consommation. L’urgence économique n’est pas dans les besoins fondamentaux, mais dans nos conventions sociales qui font du travail le grand mécanisme de distribution et de répartition de la richesse. Une répartition forte inégale, instituée par l’histoire des sociétés, à coup de domination des plus forts sur les plus fragiles.

Cette crise fait évidemment écho à la suivante : celle du dérèglement climatique et de la disparition de la biodiversité. Une stabilité climatique et une nature sur lesquelles toutes les générations humaines sur tous les continents ont prospérer et ont vu naître les cycles économiques florissants que nous connaissons aujourd’hui. Le déconfinement sanitaire est un enjeu important. Le déconfinement économique le sera tout autant.

La sortie de crise sur le plan économique doit être réfléchie sous deux angles. Le collectif d'abord, avec la question : qui va payer les milliards de dettes issus de ces long mois de confinement ? Puis une question individuelle sur le modèle de société que nous expérimentons chacun aujourd’hui et qui est à la fois plus sobre et décroissant, tout en mettant en place les modalités d’un revenu universel et d’une solidarité plus développée.

La réponse à la question de l'apurement de la dette collective donnera la ligne sur les questions plus individuelles, mais aussi et surtout notre niveau de résilience à la crise suivante.

Soit nous maintiendrons les dettes et un système toujours plus inégalitaire de domination monétaire. Nous vivrons alors de très graves crises économiques, qui feront encore plus de victimes que le Coronavirus aujourd’hui, à court terme comme à long terme. Soit nous autoriserons la diminution des dettes par de la création monétaire (et il faudra aussi décider vers qui va cette richesse créée). Les perdants seront alors les plus riches, les détenteurs de capitaux dans les banques ou les paradis fiscaux, mais nous hériterons collectivement d’un monde bien moins inégalitaire qu’aujourd’hui et surtout plus préparé au choc d'après. 

Le déconfinement ne doit pas être que sanitaire, il doit aussi être l'aboutissement d'une réflexion prospective sur ce que nous voulons ensuite. Il doit donner naissance à une nouvelle vision de voir le monde d’après.

#Restez à la maison