Pol'éthique : la Prévention au Cœur la Solution
lundi 31 mars 2025
À la suite de la note de la semaine dernière qui présentait la nouvelle Association citoyenne pour la transparence et l’éthique publique Bretagne, je poursuis sur ma lancée pour revenir sur une belle expérience que j’ai eue, il y a quelques semaines seulement, là encore sur le sujet de ce que j’appelle la Pol’éthique sur ce blog.
L'éthique et la probité en politique, ainsi que dans d'autres domaines tels que l'économie ou le secteur associatif, sont souvent abordées de manière réactive, une fois que le mal est fait. Cette approche est préjudiciable tant pour la société dans son ensemble que pour les individus impliqués et leur entourage, qui se retrouvent dans des situations qui auraient pu être évitées par une meilleure prévention et anticipation. En explorant ce sujet, encore tabou en France, on constate que nos sociétés sont mal préparées à prévenir ce risque, pourtant crucial. Ce manque de vigilance (et de volonté à faire) finit par éroder nos démocraties, affaiblir la raison publique et donner du crédit aux alternatives extrêmes.
De plus en plus fréquemment, je rencontre des amis, des collègues ou de simples connaissances qui expriment un sentiment de fatalisme, voire de cynisme, à ce sujet. Cela me dérange profondément, car malgré une expérience décevante vécue à Brest avec les élus en place, je reste convaincu que la corruption et le manque de probité sont l'œuvre d'une minorité. Les élus les plus tordus, les plus toxiques arrivent puis se maintiennent au pouvoir principalement en raison de l'absence de mesures préventives adéquates.
Sur le sujet, une étude américaine de 2016 révélait qu'un dirigeant sur cinq (20 %) présentait des traits psychopathiques [1]. Un constat à la fois alarmant et rassurant. Alarmant, car la prévalence des psychopathes (non criminels) dans la population générale est de seulement 1 à 2 %. Rassurant, car cela signifie en creux que quatre dirigeants sur cinq ne sont pas à considérer comme tels. Une large majorité, donc, échappe à cette catégorie. Ouf !
La question aujourd'hui n'est pas de crier le slogan « Tous pourris ! », qui ne fait que renforcer les extrêmes (#Populisme). L'enjeu est de sensibiliser au problème et d'encourager les 80 % de personnes naturellement intègres à s'unir et à s'opposer aux 20 % déviants afin de maintenir des standards éthiques et de probité à la tête de nos institutions publiques. Malheureusement, la réalité actuelle est souvent inverse : les individus les plus déviants accèdent plus facilement au pouvoir, écartent ceux qui aspirent à plus d'éthique et s'entourent d'élus médiocres ou dépendants, prêts à se plier à leurs règles, notamment celle du silence.
C’est dans le cadre d’une réflexion sur la prévention qu’une équipe d'opposition de gauche, issue d'une commune du Nord Finistère se réclamant également « de gauche » [2], m'a invité à partager mon retour d'expérience sur l'éthique en politique, en particulier au niveau local.
La préparation de cette intervention privée m'a permis de réfléchir aux observations accumulées durant mes 18 années de mandat d'élu local à Brest. J'ai pu analyser les raisons et les mécanismes qui poussent certains élus à se laisser tenter par ces dérives, entraînant d'autres élus dans leur sillage, bien au-delà des limites acceptables, et souvent en contradiction avec leur propre discours public.
Ces mécanismes, souvent tabous dans les cercles du pouvoir, sont largement liés à la psychologie humaine lorsqu'elle est confrontée à des situations de pouvoir. Ils sont également confortés par une des limites de notre démocratie : le processus compétitif de sélection de nos dirigeants. Ce mode de sélection favorise, puis concentre au pouvoir, les individus ayant le moins de limites et donc le moins sensibles à l’éthique, suivant la règle bien connue : la fin justifie les moyens.
J'ai également pu aborder les dynamiques qui conduisent l'organisation partisane de la politique française à favoriser une omerta sur la corruption et les comportements déviants de nos dirigeants, même jusqu’au niveau local. Ce problème est central dans notre démocratie, où le clivage concurrentiel gauche/droite est souvent instrumentalisé pour éviter toute autocritique sincère en interne.
Pour conclure cette mini-conférence, dont l’objet pourrait à lui seul faire l'objet d'un livre tant le sujet est vaste, j'ai proposé quelques pistes d'actions ou, à minima, de réflexions personnelles. Ces évolutions commencent à émerger dans la sphère des grandes entreprises, qui ont payé le prix fort pour les dérives de certains dirigeants. Soucieuses de leur rentabilité, elles prennent désormais des mesures pour s'en prémunir. Malheureusement et à l’inverse de la sphère économique, la sphère politique en France évolue dans un jeu à somme nulle, sans pénalité directe en cas de corruptions. Elle est beaucoup moins sensible à l’échec qu’elle conçoit jusqu’alors comme une forme d’alternance consentie. De ce fait, nos dirigeants politiques sont étanches aux coûts publics induits par les comportements malhonnêtes, corrompus ou narcissiques (coût estimé à 120 milliards de perte par an en France et lire aussi là). Il n'est donc pas surprenant que la France accuse un retard significatif dans ce domaine.
Si, comme moi, vous considérez que la lutte pour l'éthique, la probité et la transparence en politique est essentielle pour renforcer notre démocratie locale, indépendamment de vos convictions politiques, soutenez ACTEP Bretagne. Rejoignez la communauté de ceux qui estiment qu'une gestion publique éthique est un bien commun précieux, fondamental pour une démocratie durable.
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[1] Le pouvoir rend-il fou ? de Erwan Deveze (p. 89, chapitre 8, Le sentiment de toute puissance)
Cette statistique du livre Le pouvoir rend-il fou ? s'appuie sur une étude scientifique américaine menée en 2016 par le psychologue judiciaire Nathan Brooks, ainsi que les chercheurs Katarina Fritzon de l'Université de Bond et Simon Croom de l'Université de San Diego. Leur recherche a porté sur un échantillon de 260 dirigeants. Vous pouvez trouver de nombreux autres articles qui en parlent ici, là ou encore là.
Il ne faut bien sûr pas prendre le terme psychopathe au regard des tendances actuelles qui fleurissent sur nos écrans, montrant des tueurs en série (ouf !). Le terme est utilisé ici dans la lecture clinique de la psychopathie, incluant des traits comme : l’hypocrisie, la tendance au mensonge compulsif, l’égocentrisme, le peu de fiabilité, l’absence de remords et de honte, l’incapacité à ressentir de l’empathie ou de la compassion. Ils en distinguent d’ailleurs deux sous-types, l’un caractérisé par l’absence d’angoisse, l’immoralité et l’égocentrisme, l’autre qui se traduit plutôt par de hauts niveaux d’agressivité, d’angoisse ou de peur.
L'étude américaine précise que « 20 % » représentent une moyenne basée sur un échantillon donné de dirigeants (issus du secteur de la logistique pour le cas d’espèce). Ce chiffre peut varier en fonction des professions. Les chercheurs comparent ce ratio à la moyenne mondiale de 1 à 2 % dans la population générale, ainsi qu'à la moyenne identique de 20 % observée dans la population carcérale. Je laisserai chacun tirer ses propres conclusions sur la proximité psychologique d’une même partie de nos dirigeants, avec nos délinquants.
Mon expérience locale m'a montré que le taux de 20 % n'est pas exagéré pour décrire le monde politique, même s’il faut convenir bien sûr d’une forte variabilité. Les équipes dirigées par des leaders intègres, qui instaurent un cadre éthique et donnent l'exemple, contrastent fortement avec les groupes politiques menés par des personnalités pathologiques (je ne donnerai pas de noms). Au-delà du niveau local, des figures comme Trump illustrent parfaitement ce phénomène, avec un taux de psychopathes probablement proche de 100 % dans son administration. D'autres dirigeants comme Poutine, Netanyahou, Milei, Erdoğan, et leurs semblables, ne sont pas en reste.
Nationalement, j’encourage à suivre le déluge d’affaires qui égayent nos tribunaux, dont celle du moment : le procès SARKOZY-KADHAFI, qui place très haut la barre de la corruption organisée en France au sommet de l’État et dans le jeu démocratique, par certains des membres les plus virulents contre les petits délinquants.
L’étude américaine se conclut par ces mots :
« Il est important de mieux comprendre la notion de “psychopathe d’entreprise”, car des éléments montrent, d’un côté, qu’ils peuvent exercer une influence toxique sur leurs collègues et subordonnés, ou peuvent s’engager dans des activités illégales et non éthiques ».
Tiens donc, toute ressemblance avec des personnes dont nous avons déjà parlé sur ce blog… ne serait pas vraiment fortuite ! Il y a urgence à s’intéresser à la notion de « psychopathe en politique ». Peut-être que de nombreux problèmes actuels trouveraient ensuite rapidement des solutions. C'est juste un avis personnel !
[2] Je mets volontairement « de gauche » entre guillemets, car selon mes valeurs, on ne peut pas se revendiquer de gauche tout en tolérant la corruption ou l'absence d'éthique. Comme je l'ai déjà souligné, illégalité rime avec inégalité. Les équipes politiques qui se prétendent "de gauche" mais montrent peu d'attachement à l'éthique et à la probité sont en réalité des opportunistes. Elles instrumentalisent les arguments de la gauche à des fins personnelles, plutôt que de représenter véritablement ses idéaux.
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Image : Le Protecteur de la série The Boys. Une série déjantée et métaphorique du monde politique, où le « pouvoir » se transforme en « super pouvoir » pour super-héros. Bien loin de leur apparence héroïque, la plupart d'entre eux sont corrompus et arrogants, voire de dangereux psychopathes. Ces super-héros sont dirigés par le Protecteur (Homelander dans la version originale), un psychopathe narcissique et violent (Source Wikipédia ici).