Réponse à lecteur : les acteurs du projet de stade
Européennes, ce sera la liste de Marie Toussaint

Les scénarios de financement alternatifs

Financement stade brestois foot brest Froutven Francis Le BléComme promis dans mes deux dernières notes (ici et ), nous allons tenter de répondre aujourd’hui à la recommandation de la Chambre régionale des comptes sur un nouveau stade (ici) : « rechercher un équilibre entre les ambitions du club et ses capacités réelles de financement. »

Sage propos de la CRC qui, actant que Brest n'est pas Paris, en conclut que la SA Stade Brestois 29 n’est et ne sera jamais le PSG en matière de capacité de financement. Raison il faut garder, surtout lorsque des têtes commencent à tourner, par suite d'une belle saison de matchs gagnés !

 Retrouvez toutes mes notes sur le stade → ici 

Je vous propose donc de revisiter le financement du stade que j’avais longuement détaillé dans la note : Projet de stade au Froutven - Point sur le financement, et dont le coût global se chiffrait déjà à 126 M€ [1], et 160 M€ si nous comptabilisons les emprunts sur 50 ans que la métropole se propose de garantir à 50 % des restes à charge.

Sur ce projet de financement des frères Le Saint et du maire/président Cuillandre, il y a trois choses choquantes qu’il nous faut corriger, pour atterrir à une copie acceptable.

La première est la gouvernance du futur stade. Comme je l’ai montré, la majorité du financement est porté par le public, et c’est la même chose pour les risques. Pourtant, le stade semble être destiné à passer sous le contrôle d’une société de projet dont l’actionnaire majoritaire (75 %) serait la société Holdisports, propriété à 100 % des frères Le Saint. Cela signifie qu’une entreprise privée [2] aura tout pouvoir sur un équipement majeur de notre métropole, dans lequel de l’argent public aura été massivement investi. Cette entreprise aura le loisir de faire les différents arbitrages et de tirer le maximum de profit de l’équipement [3]. Toutefois, en cas de problème à moyen terme, si les privés se retirent par suite d’une mauvaise gestion, la collectivité devra éponger les dettes, assumer l’entretien, voire assumer une belle friche si le modèle économique du football change dans les 20 prochaines années, ce qui est assez probable. 

La première tâche est donc de revenir à une gestion publique maitrisée d’un équipement métropolitain.

La deuxième action est d’analyser la durée du financement, qui semble particulièrement risquée avec des emprunts sur 50 ans. De plus, toutes les décennies, un équipement de ce type nécessitera des gros, puis de très gros entretiens [4], sans que nous sachions, là encore, qui mettra la main au portefeuille… des privés ou des contribuables ? Plus le remboursement d’emprunt est long, plus il viendra s’additionner aux coûts de GER dans 20 à 30 ans.

La troisième action est de regarder en équivalence ce que donnerait une rénovation du stade Francis Le Blé, puisque nous savons maintenant qu’une étude sérieuse a validé la faisabilité d’un tel projet.

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Afin de cheminer ensemble, je vous propose de partir du scénario actuel (fin mai 2024), celui qui semble se dessiner dans la tête des porteurs du projet et consenti par le maire/président. Même s’il est déjà probablement assez sous-estimé (voir commentaire 1), il faut bien partir d’une base. Mais une sous-estimation du montant n’est pas très grave pour cette note qui s’attache moins à travailler les chiffres qu’à questionner les choix et les options possibles. Nous parlerons ici des grands ordres de grandeurs et des principes.

J’appellerai arbitrairement ce montage financier initial, issu des discussions confidentielles Le Saint/Cuillandre, le « Scénario G ».

 

 - SCENARIO G - 

Tous les détails et explications de ce scénario sont donnés dans la note (ici). Je rappelle juste la synthèse dans le tableau ci-dessous.

Scénario G

 

 

 - SCENARIO F - 

L’objectif de cette première simulation est de régler le « petit » problème de gouvernance.

Nous allons considérer que nos collectivités locales puissent agir de façon plus responsable vis-à-vis de la dépense publique et plutôt que de faire de très généreux dons, à hauteur de 27 M€, à la société de projet des frères Le Saint, nos élus pourraient se réveiller et prendre tout simplement des participations dans cette société de projet. Ils le font très bien par ailleurs depuis des décennies. Pourquoi pas là ?

Rappelons qu’en bout de compte, dans 50, 60 ou 70 ans, ce stade est prévu de revenir dans le giron du patrimoine public. Donc, ce désintérêt « temporaire » de nos édiles pose lourdement question vis-à-vis des futures propriétaires, nous (ou plus exactement nos enfants).

Pour élaborer ce scénario, je ne change donc aucun des montants prévus dans le scénario G. Simplement, je les réorganise pour que les « subventions » soient plutôt des « participations ».

Les communautés de communes du Pays de Brest et la ville de Morlaix ne participeraient alors plus au fonctionnement, en laissant le soin au privé d’augmenter le capital. Elles participeraient elles aussi à la capitalisation.

Pour simplifier, je gère aussi le petit problème de manque de financement à hauteur de 6 M€ par une augmentation de l’emprunt, dans les mêmes conditions économiques que dans le scénario précédent. C’est ce qui explique la stabilité financière du projet à 2026, mais augmente à 2076 du fait des intérêts des 6 M€ supplémentaires. Cela permet de rendre la copie financière viable puisque la première ne l’était pas encore, avec ces quelques 6 millions d’euros encore à financer. 

Cela donne le tableau suivant :

Scénario F

Dans cette nouvelle répartition, qui ne change absolument rien financièrement (hors intérêt d’emprunt des 6 M€), seule la gouvernance est remaniée.

Avec « surprise », la nouvelle société de projet apparaît sous un nouveau jour. La participation du privé ne représente plus que 31 % du capital social. Nous sommes bien loin de la posture hégémonique à 75 % des parts pour le privé (et tout particulièrement Holdisports) du Scénario G.

Scénario F _ Actionnariat

Dans ce cas, plus vraiment la peine de passer par un « special purpose vehicles » (SPV) comme imaginé. Une bonne vieille SEM (Société d’économie mixte) pourrait très bien faire l’affaire, avec une présidence qui reviendrait à la métropole, au département ou à la région, puisqu’une SEM doit être légalement présidée par un élu des collectivités qui la composent. Mais c’est un peu tôt pour envoyer vos candidatures !

Cette toute simple redistribution des enveloppes budgétaires montre combien la première copie est déséquilibrée et ne respecte pas l’intérêt de la partie publique et donc, de fait, des contribuables, présents comme futurs.

Comme aime à le répéter en public le maire de Brest : « Le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ». L’argent public aussi ! Donc aucune raison valable de faire ces généreux dons au privé, comme il s’apprête à le faire pour « d’obscures raisons » déjà abordées dans la précédente note.

Une question ouverte sur ce scénario est le positionnement d’Arkéa. La banque continuerait-elle à soutenir le projet si c’est une SEM qui le pilote ? Rappelons qu’Arkéa semble s’être engagé à financer le naming « Arkéa Park » sur 8 ans, en contrepartie d’un versement de 2,9 M€/an à la société de projet. J’imagine mal qu’ils se retireraient de ce scénario qui ne change pas fondamentalement les choses pour eux. Mais je ne suis ni dans leurs têtes, ni dans leurs stratégies !

Avant de conclure sur ce scénario, précisons qu’il existe de multiples variantes de l’actionnariat possible de la SEM. Le privé pourrait très bien baisser sa participation tant qu’elle reste supérieure à 15 % (soit 6,75 M€ au lieu de 14 M€). J’ai fait le choix de ne pas toucher aux apports respectifs, pour mieux comprendre les principes et montrer le côté totalement déséquilibré du scénario G proposé aujourd’hui.

 

 - SCENARIO E - 

Sur ce troisième scénario, nous allons repartir du scénario précédent et ne plus toucher à la partie gouvernance. Nous allons plutôt tenter de traiter les risques à long terme pour notre collectivité, qui doit être garante (pour moitié) du prêt sur 50 ans dans la proposition actuelle.

Comme je l’ai dit dans la note sur le financement du projet (ici), un engagement de 50 ans sur un stade de 15 000 spectateurs, dans un contexte de changement des pratiques qui va s’amplifier (ou commencer !) pour réduire nos empreintes individuelles face au dérèglement climatique, c’est très irresponsable. C’est un impensé du projet qui considère le Monde, business as usual. Ce qui n’est plus le cas, tout bouge dans la période et cela risque de s’accélérer.

Un projet de cette nature peut être envisagé avec un horizon maximum de 20 ans. Quand les États auront engagé les mesures qui conduiront à diviser par 4 nos émissions à l’horizon 2050, je pense que la Ligue 1 ne sera plus l’objectif prioritaire de nombre d’entre nous, y compris du Réseau Le Saint. Le sport professionnel existera probablement toujours, mais clairement sous une autre forme en termes de rassemblements. Remplir un stade de 15 000 personnes ou plus, tous les 15 jours, c’est un privilège du Monde à l’énergie pas cher et sans limite, pas le Monde dans lequel nous et nos enfants allons vivre demain.

J’en profite pour ouvrir une petite parenthèse sur nos bilans personnels en termes d’émissions. Sur notre « espace personnel de liberté carbone », si je puis dire.

Pour ceux qui ont eu le courage de faire leur bilan carbone personnel (toujours possible ici), vous savez que l’objectif est de réussir à se limiter à terme aux « 2 tonnes » individuelles par an. Vous savez aussi que, dans le calcul, un peu plus d’une tonne est prise par les « biens communs », c’est-à-dire la partie des infrastructures administratives (santé, éducation, justice, etc.) mais aussi marchandes. Clairement, un projet de stade émarge dans ce volet, pesant aujourd’hui de 0,7 à 1,4 T/an [5].

Si nous voulons garder un peu de liberté sur les autres volets de notre vie (déplacements, habitat, alimentation, équipements), il vaut mieux éviter de faire monter inutilement ce poste des communs qui représente déjà à minima un bon tiers de notre budget à l’horizon 2050 ! Fin de la parenthèse.

Donc, pour éviter de faire peser les mauvais choix de ceux qui dirigent en 2024 sur ceux qui naissent en 2024, je vous propose de considérer dans ce scénario que nous tentons de financer ce projet, non pas sur 50 ans, mais sur 20 ans. Ce qui me semble déjà pas mal !

Je n’ai donc rien changé d’autre que la durée du prêt à la Banque des territoires pour l’aligner sur celui de la seconde banque, déjà prévu sur 20 ans. De ce fait, nous avons un gain immédiat de 14 M€ d’intérêt d’emprunt à terminaison, par rapport au scénario actuel.

Voici ce que cela donne :

Scénario E

Bien qu’il apparaisse moins couteux, le principal enjeu de ce scénario ne se voit pas sur le tableau. Le fait de réduire la durée de l’emprunt de 50 ans à 20 ans a pour conséquence de faire grimper les annuités à 3,2 M€ par an, pendant 20 ans, là où la copie des frères Le Saint prévoit un remboursement de 2,27 M€/an sur ces mêmes 20 premières années. Soit une augmentation de +40 %.

Sur les 8 premières années et sous la condition qu’Arkéa maintienne son naming à 2,9 M€, c’est loin d’être inenvisageable. En revanche, cela devient plutôt très risqué pour les années qui suivent, en cas de désengagement du gros partenaire. Et il n’est pas à exclure que les banques revoient aussi leur modèle économique dans 10 ans, pour les mêmes causes racines qui conduiront les stades à se vider.

Nous sommes donc sur un scénario très risqué à l’horizon de la fin de la première décennie. C’est court pour des investisseurs qui engagent des millions d’euros. Si l’équilibre financier n’est pas trouvé, cela ne tient pas.

Je ne vais pas creuser plus loin ce scénario, car j’imagine que c’est le risque d’un défaut de paiement à 10 ans qui a conduit les porteurs de projet actuels à vouloir étaler les emprunts sur 50 ans (on ne paie jamais des intérêts pour le plaisir). Il s’agit bien de faire baisser les annuités pour construire un projet équilibré financièrement ou même dégageant des bénéfices, au moins sur les 20 premières années. Vingt ans, c’est clairement le seul horizon pensé de ce projet.

Ce scénario E apparait donc assez compromis financièrement. Bien que moins couteux, il n’est pas réaliste car il épuiserait les recettes que les frères Le Saint ont déjà prévu de mettre ailleurs.

 

 - SCENARIO C - 

Le scénario C abandonne le projet pharaonique au Froutven pour revenir à une rénovation plus raisonnée (et attendue par de nombreux supporters) du stade Francis Le Blé, sur la base des grands axes de l’étude de faisabilité réalisée par la ville de Brest et que j’ai détaillée ici.

Au passage, nous noterons que la conférence de presse rendant public ce rapport, annoncée en mars par courrier signé d’un adjoint au maire, est toujours attendue… fin mai. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient, ne dit-on pas !

Donc, dans cette étude rendue en juin 2023, encore sous le sceau du secret du maire, le budget d’une rénovation complète du stade Francis Le Blé avait été estimé aux environs de 60 M€. Pour les besoins de ces simulations financières, je propose donc de repartir de ce montant. Ce sera probablement un peu plus, mais c’est aussi vrai pour le projet du Froutven. Actons que les conditions économiques sur les travaux et les prêts évolueront de la même façon dans les deux cas.

Donc, sur une copie à 60 M€ (incluant les aménagements des espaces publics), voilà ce que le Scénario C donne :

Scénario C

Dans ce scénario, tout bouge à la baisse.

Pour comprendre, il faut commencer par la fin. L’aménagement des espaces extérieurs, qui incombe à la métropole et qui est intégré dans le montant des 60 M€, est estimé à 2 M€ par l’étude de faisabilité. C’est donc 18 M€ qui ne seront pas sollicités à la métropole pour ce projet, par rapport au scénario G. Il est fait le choix d’économiser une partie de cet argent public (environ 12 M€, soit l’équivalent d’une école toute neuve ou de trois crèches de 100 places [6], par exemple) et de réinjecter 6 M€ en capital dans la SEM.

Coté SEM, la capitalisation ne demande plus que 40 M€, au lieu de 45 M€. Le choix est fait de soulager la capitalisation privée de 8 M€, en ne laissant qu'une participation réduite à 5 M€ afin de ne garder que les 15 % nécessaires à ce type d’EPL, alliant public/privé. Mais nous pourrions aussi envisager un projet 100 % public, sous la forme d’une SPL ou encore, rentrer le projet dans une SEM ou SPL déjà existante de nos collectivités. À l’inverse, si le privé le souhaitait, rien ne l’empêcherait de participer plus, tant que l’actionnariat privé reste en dessous de 50 % pour une SEM. L’idée prise dans ce scénario est de soulager la participation privée, puisque l’ambition est de rester sur une gouvernance publique.

Côté actionnariat public de la SEM, le choix est fait de conserver les mêmes participations pour les SEM, la Région Bretagne et le département, puisqu’ils se sont engagés à contribuer à cette hauteur pour un stade à Brest [7]. Comme je l’ai dit, la part de la métropole serait réhaussée de 6 M€ par suite des économies faites sur les aménagements extérieurs et passerait donc à 16 M€.

Les participations relevant des Communautés de communes du pays de Brest et de la ville de Morlaix disparaissent, ainsi que celle de la commune de Guipavas. En contrepartie, nous pourrions imaginer que la ville de Brest, à l’instar de Guipavas sur le projet du Froutven, monte au capital pour 1 à 2 M€. Ce n’est pas l’option prise ici, mais elle est tout à fait envisageable dans une SEM.

Cela donne un actionnariat public/privé de 85/15 %, qui est la cote minimale pour une SEM. Mais, comme je viens de l’expliquer, beaucoup de variations sont envisageables à ce niveau, en fonction des choix des uns et des autres, que je ne maitrise pas. Dans tous les cas, ce ne seraient que des économies en vue, pour tout le monde !

Du côté des « avances sur loyer du Club » qui étaient de 20 ans, le choix est fait de ne plus les porter qu’à 10 ans. L’idée est de dire qu’il y aura peu de GER les 10 premières années, mais que les loyers seront les bienvenus après.

Coté financement participatif, le montant est baissé à 1 M€, pour rester dans l’esprit initial, mais l’intérêt est toujours à discuter, si cela coute plus que cela ne rapporte finalement.

Enfin, dans ce scénario, il est fait le choix de laisser un emprunt à 10 M€ sur 20 ans, qui nécessite des annuités de 710 000 €/an, très largement couvert en cas de naming (même s’il devait être beaucoup moins ambitieux) ou de différentes recettes autour de l’équipement.

Pour synthétiser les économies, cela fait : 20 M€ pour le public, 15 M€ pour le privé (si l’on considère aussi la baisse de l’appel d’avances de loyer). Un emprunt maitrisé sur 20 ans, permettant d’économiser aussi 30 M€ de prêt et 30 M€ d’intérêts d’emprunt.

En bout de compte, ce scénario est 65 M€ moins cher, en comptabilité 2026 et permet de sauvegarder 95 M€ à terme. Nous sommes dans un projet clairement beaucoup plus raisonné.

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Si ce scénario répond à terme à l’attente des supporters du Stade Brestois et de l’UEFA, ce projet a ses contraintes et ses risques. Il est évidemment moins idyllique que le scénario G. C’est exactement comme lorsque l’on fait le choix de rénover sa maison, plutôt que d’en construire une seconde à côté, avant de détruire l’ancienne. Il y a des contraintes en plus. Les choix sont plus réduits. Mais c’est nettement plus économe pour réaliser la même fonction à la fin. La question qui permet l’arbitrage entre les deux options est juste de savoir si les contraintes relatives entre les deux projets valent les quasiment 100 M€ de différence. Sommes-nous tellement riches à Brest pour faire une croix sur autant d’argent ? Car, quoi qu’il soit dit dans le marketing de ce nouveau stade au Froutven, quelqu’un va bien payer ces 100 M€ supplémentaires.

Quelles sont les contraintes relatives entre les deux projets qui justifieraient de mettre 100 M€ de plus, au regard d’un stade de football ?

La première contrainte, la principale, est évidemment la question de la rénovation de Le Blé, alors que l’équipe continue à y jouer. Ce ne sera clairement pas une partie de plaisir [8]. Mais pour nous rassurer, beaucoup de villes et de métropoles ont fait ce choix. C’est clairement une à deux années de galères, mais si on sait pourquoi (de très grosses économies) et que cela fait sens, rien d’impossible. Ce n’est pas cette municipalité, qui a engagé le chantier de la seconde ligne de tramway (après la première), qui va me contredire ! C’est le bordel en ville pendant deux ans, mais après, il y a de vrais bénéfices. On ne reconstruit jamais une ville à côté lorsque l’on veut mettre un tramway ! C’est pareil pour un stade.

Nous pourrions faire exactement le même parallèle avec le Quartz. N’eut-il pas été beaucoup plus simple et plus efficace de refaire un nouveau quartz, en périphérie de Brest, pour 100 M€, géré par un groupe privé, largement subventionné ? Des villes peuvent faire ce choix. Non, le choix raisonné de la municipalité brestoise a été de rénover l’enceinte pour 20 M€ [9], et c’est très bien comme cela. Cela a généré des contraintes fortes, avec quelques perturbations sur les programmes culturels pendant deux ans. Tout ce que nous aurions voulu transformer n’a pas pu être fait dans l’enveloppe existante. Mais c’est très bien ainsi, maintenant que cela a rouvert. Pourquoi penser différemment pour un stade ?

La seconde contrainte est la place et, par conséquent, le nombre de places dans une rénovation. Je l’ai déjà expliqué ici, l’étude de faisabilité conclut qu’une rénovation conduira à une légère baisse de la jauge par rapport au stade actuel. Le projet au Froutven aussi, puisqu’il prévoit (hors toute contrainte pour sa part) déjà 5 % de places en moins. L’estimation est un stade de jauge 14 200 places, très au-dessus des 8 000 places que requiert l’UEFA. Tout cela peut être retravaillé au regard des besoins [10].

Est-ce un problème ? Pas nécessairement, si nous nous projetons à long terme. Comme je l’ai dit, je doute que 15 000 places soient une jauge atteignable tous les 15 jours dans 10 ou 20 ans. Faire ou rénover un nouveau stade, c’est se projeter à 50 ou 100 ans. Donc, baisser un peu la jauge ne m’apparait pas un enjeu en soi, surtout au regard du cout marginal des 800 places supplémentaires [11] !

Il y a tout de même aussi d’autres externalités positives à cette rénovation, puisque le foncier du Froutven ne sera pas utilisé. Il vaut 3 M€ d’après les données de la métropole. À voir le projet qui se situerait dessus et là aussi, beaucoup d’options se bousculent. J’ai déjà donné la mienne, à la fin d’une précédente note, il y a déjà près d’un an (ici).

Pour conclure sur ce scénario C, c’est le scénario raisonné qui n’obère pas l’avenir de notre territoire et qui prend en considération, tant les besoins des joueurs et des supporters à pouvoir encore profiter du chaudron historique de notre ville, qui vient de fêter son centenaire. Comme pour le projet du Froutven, nous serions sur un projet partenarial porté par la métropole, qui engagerait aussi le privé via la filiale de la SA Stade Brestois, puisque c’est à eux que l’équipement est destiné. Enfin, nous maitriserions bien mieux l’emprunt, sur un montant et une durée acceptables.

 

 - SCENARIO B - 

Ce dernier scénario reprend le scénario précédent d’une rénovation du stade Francis Le Blé et supprime quasiment en totalité l’endettement, puisque seul le financement participatif est maintenu.

 

Scénario B

Le refinancement de l’emprunt de 10 M€, qui disparait, se ferait alors grâce à une remobilisation des 18 M€ d’économies faites sur la baisse du coût des aménagements aux abords du stade Francis Le Blé, par rapport à ce qui est prévu aujourd’hui au Froutven.

Toutes choses égales par ailleurs, la métropole monte à 21 M€ dans la capitalisation de la SEM, ce qui obligerait la part privée à monter de 1 M€ aussi, pour maintenir le ratio minimal des SEM 85/15 %. Mais plein d’autres options sont possibles. Il y a donc encore de la marge pour ajuster les chiffres, dans un tour de table nécessairement collectif.

Par rapport au scénario G, la métropole est encore bénéficiaire de 7 M€, sans compter qu’elle s’affranchit totalement d’une garantie d’emprunt risquée, sur 50 ans.

Second point d’évolution, je propose alors que le Club monte son avance sur loyer à 15 ans (15 x 750 k€) au lieu de 10 ans sur le scénario C, mais de 20 ans sur le scénario G actuellement prévu.

Ce dernier scénario est clairement le moins risqué pour l’avenir puisqu’il ne mobilise plus d’emprunt après 5 ans et sur un montant très faible. L’économie à 2026 reste à 66 M€ par rapport au scénario G, mais monte à 100 M€ lorsque l’on compte les intérêts qui auront été payés à la terminaison des prêts.

Est-ce le meilleur scénario pour autant ? Pas sûr. Ces scénarios ne prennent pas en compte de multiples paramètres, tels que la fiscalité, par exemple. En matière d’investissement, il peut y avoir des intérêts à solliciter de l’emprunt parfois. Mais cela se calcule beaucoup plus finement dans le détail des scénarios ajustés et consentis par les différentes parties prenantes, ce qui est bien loin de tout ce qui est écrit dans cette note, vous l’aurez compris !

Donc le scénario B, pourquoi pas, mais pas sûr non plus !

Je laisse volontairement la place à un scénario A qui est encore à écrire. Au-delà de ce que j’ai écrit ci-dessus, de nombreuses variations existent, pouvant donner lieu à encore mieux. Le travail de prospective, d’amélioration et d’optimisation au regard des vrais enjeux de demain autour du stade est loin d’être terminé par ces quelques lignes.

En guise de conclusion

Ce que m’ont appris mes trois mandats d’élu à la ville et la métropole de Brest [12], c’est qu’il n’y a jamais qu’une solution à une même question. Tout est une histoire d’arbitrages entre intérêts contradictoires, ce que l’on appelle en politique les conflits d’intérêts, ou parfois les conflits d’usage, lorsque l’intérêt porte moins sur de l’argent que sur l’usage d’une ressource partagée, par exemple. Ce cas d’école autour du futur lieu où se jouera, dans les 50 prochaines années, le football professionnel brestois ne déroge pas à la règle.

Je ne doute pas une seconde que de nombreuses personnes contesteront les scénarios que j’ai développés ci-dessus. Ils sont issus d’un travail personnel puisque, de toutes façons, la collectivité brestoise est devenue un bastion fermé qui ne partage plus ses informations, y compris des documents de faisabilité datant d’un an. Le citoyen qui réfléchit y est vu comme un opposant aux projets portés par le maire. Il n’est donc pas le bienvenu.

Donc, pas de soucis pour la critique par rapport aux quatre scénarios alternatifs que comporte cette note. Ils sont critiquables, perfectibles et ne prennent clairement pas tout en compte. Je le sais, mais ce n’est pas forcément très grave pour évaluer des tendances, des risques et des opportunités.

Cela étant dit, ils témoignent bien d’autres façons de voir, d’autres façons de porter un projet viable au regard des besoins réels en matière de football professionnel à Brest, suivant des objectifs beaucoup plus alignés sur l’intérêt public que l’intérêt privé, contrairement au scénario actuel qui me semble incompréhensible, si l’on se place sincèrement depuis un siège d’élu de cette métropole (surtout pour des élus de gauche [13]).

Voilà, dans cette note sur l’éventail des possibles, je ne voulais pas apporter d’autres choses que ces éléments de débat. Ils me semblent plus que nécessaires dans la période actuelle et au regard de l’avenir qui se prépare. Toute critique constructive sera la bienvenue et si des erreurs existent, je les corrigerais, comme je l’ai fait dans de précédentes notes. L’objet n’est pas d’avoir raison, mais de commencer à raisonner, ensemble !

Dans une prochaine note, je m’attacherai à tenter de décrypter les raisons profondes qui poussent les frères Le Saint à s’investir dans ce nouveau stade. Dans tout sujet complexe, il faut tenter de comprendre le raisonnement des différentes parties prenantes, sans animosité ou procès d’intention, mais sans se mentir non plus.

Certaines décisions peuvent partir parfois de bonnes intentions puis oublier l’essentiel, c’est celles-là qu’il faut comprendre aussi.

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[1] Ce montant de 126 M€ se basait sur un projet affiché à 106,5 M€ or nous savons qu’une copie à 110 M€ était en cours de travail il y a peu. Par ailleurs, la collectivité avait annoncé un cout d’aménagement des espaces publics extérieurs de 15 M€ (compté à 20 M€ dans le scénario G), mais un article du Télégramme récent affiche ce cout à 30 M€ : « À Brest, les collectivités ont, par exemple, provisionné 30 millions d’euros pour permettre l’accès au futur Arkéa Park. C’est près d’un tiers du prix de construction de la seule nouvelle enceinte ».  Les 126 M€ à la base des scénarios de cette note pourraient donc être, en fait, d’ores et déjà 140 M€ en réalité.

Cette opacité du budget vient de l’absence de transparence de la collectivité et des porteurs de projet sur les couts réels. Cela porte lourdement atteinte à la sincérité du projet et des « concertations publiques » tant revendiquées par ses promoteurs. Une concertation ne vaut qu’avec une réelle information.

[2] Comme expliqué précédemment, je parle de « privé » et non des frères Le Saint en particulier, car sur les échéances mentionnées sur le projet, plus de 50 ans, il est plus que probable que les parts de la société de projet changent de mains ou que l’actionnariat d’Holdisports (société aujourd’hui contrôlée par les frères Le Saint et dédiée à la SA Stade Brestois 29 et au projet de stade) soit cédé à un autre investisseur, que personne n’est capable de définir aujourd’hui.

On peut rêver que la « dynastie Le Saint » se dévoue de génération en génération au football brestois. Mais ce n’est pas tout à fait certain ! Donc, à l’horizon des 50 ans de ce projet, actons que cela puisse être un autre acteur privé qui rachète tout ou partie de leurs parts.

[3] Le stade est construit sur une parcelle publique soumise à un « bail à construction ». Cela signifie qu’à un certain terme, l’équipement reviendra dans le domaine public. Ni la clause de retour (état de l’équipement), ni la durée du bail de construction (50, 70, 80 ans ???) n’ont été rendues publiques jusqu’à aujourd’hui. Pourtant, il s’agit d’éléments majeurs dans l’engagement qui pourraient coûter fort cher aux deniers publics, à terme.

[4] Pour comparaison, il serait intéressant de regarder combien Brest’aim et la métropole ont consacré en budget GER (gros entretien et réparation) sur l’Arena de Brest, depuis l’ouverture de l’enceinte, qui n’a que 10 ans d’âge. Pour avoir vu passer certaines copies financières, c’est loin d’être négligeable, alors même que l’équipement est jeune. Plus le temps passe, plus les rénovations seront lourdes, du fait du vieillissement et de l’évolution des règlementations.

[5] Pour ceux que le sujet intéresse, je vous renvoie à la page du ministère sur l’empreinte carbone de la France, qui date d’octobre 2023 et qui donne le graphique : Décomposition de l’empreinte carbone par poste de consommation en 2019.

[6] L’école de Kerisbian sur Saint Marc, pas si loin du stade Francis Le Blé, va être totalement reconstruite sur ce mandat pour un montant de 12,8 M€ (ici). La dernière crèche ouverte à Brest en 2022, sur le quartier de l’Europe, a couté 4,2 M€ pour 100 places/berceaux (ici et ).

Donc une économie de 12 M€ d’argent public vaut en gros ce type d’investissement. Évidemment, s’agissant des financements de la métropole, l’économie n’ira ni sur des écoles ni sur des crèches (de compétence Ville de Brest), mais c’est juste pour donner un ordre de grandeur. De nombreux équipements publics gérés par la métropole et utilisés quotidiennement par des habitants attendent des financements de cet ordre pour leur rénovation, depuis des années. C’est d’ailleurs l’élément de tension entre le PC brestois et F. Cuillandre. Ils préféraient aussi que l’investissement aille plus à de la rénovation d’équipements publics utilisés tous les jours par des Brestois qu’au projet privé pharaonique des frères Le Saint au Froutven. Je suis bien d’accord avec eux sur ce point.

[7] J’ai peine à croire que la Région ou le Département retirent l’argent qu’ils s’étaient engagés à mettre dans un nouveau stade pour Brest si une rénovation était engagée plutôt qu’une construction neuve. La seule incertitude est dans leur souhait de rentrer dans la gouvernance du projet, auquel cas les 8 et 6 M€ interviendraient en subvention comme aujourd’hui et la gouvernance de la SEM passerait d’un 85/15 à un 23/77, ce qui ne change pas grand-chose.

[8] L’étude de faisabilité prévoit de refaire les tribunes les unes après les autres de façon à minimiser les impacts sur les saisons de foot. Certains Clubs décident de se délocaliser ponctuellement aussi. Plusieurs options peuvent se discuter et se compléter. Mais si les Merlus le font, Brest devrait y arriver aussi !

[9] La rénovation du Quartz était prévue en 2019 à 15,7 M€ (ici). En 2022, alors que le chantier a déjà commencé, c’était 18 M€ annoncés (ici). À la fin du chantier en 2023, le cout réel officiel fut de 23,2 M€ (ici), soit une hausse de près de 50 %. Cette erreur d’évaluation est en partie liée à l’épisode COVID, mais aussi à la minimisation des coûts en début de programme, qui est un usage assez récurrent de ce genre de projet annoncé publiquement. Annoncer les vrais couts dès le départ profite aux opposants voulant critiquer ou remettre en cause un projet. Il y a souvent minimisation des coûts, volontairement ou pas. La pilule du dérapage des couts se fait souvent oublier par une inauguration en grande pompe (ici). Dans le public et la gestion faite par les élus, le design to cost n’est pas pour demain !

Ne doutons pas qu’il en sera de même pour les estimations actuelles du stade. Il ne prendra probablement pas +50 % (j’espère !) grâce à un pilotage privé, mais 20 % est assez probable. Avant même le dépôt de permis, la copie semble vouloir déjà grossir en passant de 106,5 M€ à 110 M€.

[10] Les frères Le Saint n’ont pas caché ces dernières semaines avoir dû retravailler leur projet pour le faire rentrer dans les contraintes de l’UEFA, maintenant que l’équipe vient d’accéder à la Coupe d’Europe. C’est pareil pour une rénovation de Francis Le Blé. C’est la définition du cahier des charges initial qui donnera le projet final. Évidemment, tout est possible, même dans un espace contraint. Tout est une question de choix. Crier l’inverse sur tous les toits est juste mensonger.

[11] Bon, si on s’amuse à calculer le coût marginal des 800 places supplémentaires entre une rénovation de Francis Le Blé et un nouveau stade au Froutven, cela donne 82 600 €/place. Le prix d’un T1 ou T2 à Brest, juste pour poser ses fesses 3 h tous les 15 jours, sans chauffage !

[12] Durant mes trois mandats, notamment les deux derniers, j’ai eu la chance de participer de très près à la création de la SPL Eau du Ponant et au montage de son business-plan. J’ai aussi présidé Brest Métropole Aménagement pendant la finalisation des Ateliers des Capucins et suivi de nombreux projets urbains. J’ai présidé à la fusion de BMa et de la SEM Tram, mais aussi à la création de la SPL BMa, dont je fus l’heureux président fondateur ! J’ai aussi été le premier président d’un site Natura 2000 (ici), comme quoi, je sais aussi parler d’autre chose que de béton ou d’argent ! J’ai fini comme adjoint et vice-président aux Finances de la ville et de la métropole de Brest.

Le genre de scénario que je viens de faire dans cette note est la base de n’importe quel projet. On met plusieurs solutions sur la table et on regarde, dans les très grandes lignes et en faisant des hypothèses par définition réductrices, les faisabilités et les solutions les plus adaptées.

[13] Je ne suis pas étonné que la droite brestoise et la droite métropolitaine (GICA) soutiennent un nouveau stade tout neuf. Contrairement à la gauche, la droite a toujours eu un ancrage politique fort avec le monde économique local et a toujours défendu les intérêts des entreprises déjà implantées (y compris en pratiquant du protectionnisme face à l’implantation de nouvelles enseignes, malgré un affichage politique libéral !) Clairement, le nouveau stade sera une aubaine pour tout le secteur du BTP de la région. En la matière, il vaut mieux un projet à 130 M€ qu’un projet à 60 M€. Le maire vend cela en disant que cela créera de l’emploi, mais les entreprises savent très bien que cela crée aussi et surtout des profits !

Donc, ce n’est pas très étonnant que la droite suive sans remettre en question le projet porté par les influents frères Le Saint ! Sans compter que le projet du Froutven est sur la commune de Guipavas (membre du GICA) et que celle-ci a prévu de recevoir quelques bénéfices fiscaux non négligeables avec l’implantation de ce nouvel équipement.

Pour la gauche, ce projet de nouveau stade est un non-sens (ou pour certains un impensé). Pas très étonnant que le PC et EELV, pourtant rarement alliés, s’y opposent. Je ne rentrerai pas dans le détail des motivations des autres partis de la gauche métropolitaine… aujourd’hui !

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